Extrait d'une discussion sur le mur d'un ami:
Bon et une fois que tu as dit toutes ces belles paroles, tu en arrives à quoi ?J'aimerais bien connaitre ta position sur ces parentés sociales : un père adoptif est le père de son enfant, ou pas ?
Il n'est pas le père biologique de l'individu. Il ne peut qu'assumer le fait qu'il n'en est pas le père biologique ou mentir. Permet moi de répondre longuement.
D'abord posons un fait: je ne connais que trois formes de parenté: affective, sociales, biologiques.
Ensuite, parcequ'il est parent, parent d'un mineur, le parent exerce une autorité sur l'individu mineur. Gardons ça à l'esprit.
De toutes les manières, la parenté sociale répond très partiellement à la question de l'origine de l'individu. Au mieux la réponse à la question de l'origine est une affirmation fini, un témoignage bref.
Le rôle de toute parenté sociale est une substitution à un lien biologique et la parenté sociale assume alors un rôle d'instruction et un rôle de subsistance (et d'affection, dans le meilleurs des cas: on ajoute une parenté affective à une parenté sociale et/ou biologique mais chaque forme de parenté peut exister indépendamment) c'est une parenté pleine de bonté, une bonne parenté puisque le but est de donner (une éducation, une éthique) et, en fonction du don, de faire reconnaître cet engagement.
La parenté affective c'est la parenté qui vient reconnaître le lien affectif entre deux personnes. Par exemple le mariage. L'adoption chez les romains, c'est à dire l'adoption d'individus adultes, répondait en théorie à cette parenté affective. C'est aussi la parenté d'arme (frères d'armes, we happy few, etc.), la parenté des copains qui mélangent leurs sang au coeur d'un rituel secret... C'est la parenté de contemplation, où l'autre est un mystère inépuisable, mystère qui est la "seule atmosphère respirable" selon le très beau mot de Simone Weil. C'est une parenté pleine de beauté puisque qu'elle nous saisit avant que nous la saisissions.
La parenté biologique fait faire face à deux altérités qui partagent des caractères (biologiques, psychologiques...) parcequ'ils ont le "même sang". Elle est un fait qui s'impose et existe indépendamment de tout autre considération, y compris quand l'un des parents est mort, disparu, absent... Cette parenté biologique est une vérité irréductible, inaltérable.
En substance nous avons donc une parenté sociale qui est bonne, une parenté affective qui est belle et une parenté biologique qui est vrai.
La parenté sociale a cependant une limite: elle vise à faire susbsister et à transmettre, elle répond à un désir ou une obligation (cas des parrains et marraines dans les sociétés anciennes) mais cette parenté sociale n'oblige nullement à considérer l'enfant comme individu. Légèrement au contraire puisque celle ci transmet, donc transpose ce qui est subjectif grâce à une autorité: transmettre c'est vouloir donner. Pour pouvoir recevoir il faut que l'éducateur ait "un regard qui [nous] espère" selon Baudiquey mais il faut aussi que celui qui reçoit éprouve une confiance. Cette confiance peut être blessée, réduisant l'ensemble à néant.
Pour vouloir recevoir il faut une parenté affective, qui laisse l'autre interroger son soi, pour sortir d'un égoïsme onthologique parceque l'affection laisse l'autre s'exprimer a égal, et non pas seulement comme tuteur. Le parent est enseigné parceque l'affection est un échange réciproque. Cette intériorité qui est extérieur, infini, peut cependant se heurter à des obstacles. Si la singularité cultive l'affection car elle offre à chacun un inépuisable mystère à "apprivoiser". (Cf, Saint Ex, Le Petit Prince), l'affection peut être blessée.
Qu'est ce qui blesse la confiance et l'affection? C'est l'affront à la vérité. La vérité de la parenté c'est qu'il existe, de manière non réductible, une parenté biologique. Que la parenté sociale ne peut pas effacer celle ci, quand bien même elle se réduit à une masturbation dans un pot avec un magazine coquin pour seule compagnie.
La vérité, ce fait qui est absolu, qui s'impose à nous de toutes les manières, est la condition nécessaire pour sortir de l'utilitarisme. On transmet pour demeurer après sa mort et on aime pour être aimé. La parentalité biologique n'a aucune utilité: elle transmet arbitrairement, sans choix possible des caractères transmis, elle ne garantit aucun amour. Pourtant elle interroge le passé du parent, par les caractères transmis; et son avenir parceque l'on pense bon de donner. Par la contemplation elle met à jour les singularité, et donc les beautés de l'âme. L'individu n'est donc pas un moyen, mais une fin, impossédable (cf Lévinas
Existe t'il une parenté qui soit meilleurs qu'une autre? Non, elles ont toutes les trois leurs limites propres. En fait elles se complètent harmonieusement, et c'est parcequ'elle se complètent si heureusement que l'idéal me semble être d'unir ces formes de parenté plutôt que de les séparer.
Un couple homosexuel peut assumer une parentalité sociale? Oui. Une parenté Affective? Oui. Une parenté biologique? Hem. Non.
Conséquence logique de mon laïus, pour éviter que l'enfant ne soit l'objet d'un égoïsme il faut le parent biologique: légiférons et autorisons les couples à trois dans ce but.
Sauf qu'à ce moment l'enfant est un enjeux de concurrence entre les "parents" (inévitable...) et donc l'objet de luttes égoïstes.
Conséquence, pas de parentalité transcendante sans qu'elle soit biologique, affective, sociale.
La seule limite que je vois: effectivement, il vaut mieux être en vie que mort, comme d'habitude. Parceque la vie c'est des potentialité et la mort (surtout sans baptême pour moi, sans conditions de la sorte pour les athées) c'est pas ouf pour poser des choix.
/image%2F0148600%2F201302%2Fob_1df252bfc7f0f6dd3df9a4ad0582505c_chrnqprstprof.png)
