Je suis tombé (façon de parler) sur la critique de Blandines Salles sur Signis.net.
Comme cette critique, malgré toute la sympathie que j'ai naturellement tant pour Blandine que pour Signis, ne me plait pas tellement et que, au cours d'une conversation que j'ai eut avec Blandine je me suis rendu compte que j'avais une vision un poil différente de la qualité artistique du film, je vais faire une petite critique cinématographique.
Je ne suis pas expert en la matière, loin s'en faut. Le cinéma n'est pas pour moi une grande passion comme elle l'est par exemple pour Le fossoyeur de film, un youtuber aussi fou qu'attachant que je vous incite à suivre (il est doté d'un Facebook, et est aussi sur tipeee, je vous incite donc à liker et soutenir ce mec plein de talents)
ma critique ne sera sûrement donc pas un chef d'oeuvre du genre, loin s'en faut. Elle ne sera pas non plus exaustive attendu que je n'avais pas prévu de faire une critique et que j'ai un peu autre chose à faire... et de toute-façon-je-vous-demande-un-peu-de-bienveillance-et-de-compassion-s'il-vous-plait!
Contexte.
On ne peut pas parler de Cristeros sans parler de son contexte de distribution bien particulier. Le Film aurait du sortir en France, mais le bide qu'il a fait en Espagne n'a pas incité le distributeur pour l'Europe à aller plus loin... en tout cas c'est ce qu'avance un article de Rue89 qui me parait pour le coup, relativement étayé.
Mais à l'époque nous étions (nous petite peuple catho-sensible) en pleine baston de rue contre le mariage pour tous et, dans notre juste sentiment d'être les victimes de l'histoire de l'humanité (heureux sommes nous si on nous persécute) nous avons vu dans la non sortie de ce film la preuve d'une volonté politique, d'une censure, d'une manuelade de la pire espèce.
Pour ma part je me suis donc jeté dans les méandres de l'internet, et en moins de temps qu'il ne faut pour dire pierre à feu, pouf, celui ci se retrouvait -miraculeusement- sur mon ordinateur en VOSTFR.
Bon, de fait j'ai regardé le film, comme tant d'autre, je l'ai bien aimé... Le contexte jouait pour beaucoup mais pas seulement.
Maintenant que le contexte est un peu passé à la trappe grâce (ou à cause, c'est selon votre goût) à l'article de Rue89, j'ai changé de regard sur le film.
Je le préfère maintenant.
Et je vais m'en expliquer.
Pour ajouter un dernier mot sur le contexte, je vais dire que certaines salles ont vraiment fait des efforts pour le projeter, d'autres, craignant de générer un climat de tension autour du film, ont choisit de garder le film dans les oubliettes... Ce qui fait qu'il est quasiment impossible de le voir dans certaines régions, notamment à Toulouse je crois, ou aucun directeur de salle ne veut prendre le risque de le projeter. Si la censure n'est pas étatique, il existe cependant une sorte d'autocensure du film de la part des gérants de salles qui craignent qu'un tel film draine du casseur.
Qualité Photographique.
On peut déjà constater que le traitement des personnages à l'image est assez intéressant. Enrique Gorostieta, dans le début du film, est toujours couvert par un chapeau (de manière assez élégante il faut bien le dire), ou le visage dans l'ombre. Ses interlocuteurs, sont éclairés de manière beaucoup plus nette ce qui me laisse considérer que cette éclairage particulier est volontaire. A partir de 1h15 de film, c'est à dire à partir de la rencontre de Gorostieta et du jeune José Luis Sanchez del Rio, à partir de là on voit de plus en plus souvent Gorostieta tête nue, le visage éclairé, ou entouré dans un halo comme lorsqu'il s'entretient avec le président Calles.
Le film se distingue aussi dans son parti pris de filmer une grande partie des scènes caméra à l'épaule... Cela donne un effet assez intéressant de reportage et permet au film d'avoir une dynamique, voire une nervosité, qui est particulièrement bien utilisée. De plus, l'effet d'instabilité qui en découle ne peut qu’éveiller un écho avec la situation largement précaire des Cristeros et de leurs alliés. C'est donc une manière de filmer particulièrement efficace.
Quelques exceptions cependant: les scènes d'office religieux sont tournés avec une vue stable... on peut voir la dedans tout le symbolisme que l'on veut je pense que ce n'est pas mal placé.
Les scènes liturgiques sont filmée avec une caméra stable, ce qui tranche avec la "caméra à l'épaule" de la plupart des autres scènes.
Qualité narrative.
Le récit est enlevé, avec un bon rythme, ce qui est déjà un point positif est n'est pas si facile que cela à mener dans un film. On ne peut pas dire, à part si on est fondamentalement désintéressé de la question, que le film soit ennuyeux.
Quelques bémols: la scène de combat dans l'hacienda, à 30min 37: on ne comprend pas vraiment, si on ne connait pas l'histoire de la guerre des Cristeros, qui est ce El catorce qui nous semble être une sorte de bourrin tout droit sortie d'un film de Silvester Stallone, une sorte d'expendable de la chrétienté... en fait il faut savoir que c'est la personne de Victoriano Ramirez qui est décrite et que son histoire est beaucoup plus sympathique dans ce que j'en ai lu par ailleurs. Il y a là un parti pris scénaristique que je ne comprend pas, même si la scène reste quand même bougrement efficace. Presque autant qu'une video sur les narvals d'ailleurs.
Sur le plan très strictement narratif, je suis assez touché par la structure d'ensemble du récit.
Nous suivons en fait deux personnages principaux: José Luis Sanchez del Rio, et Enrique Gorostieta.
José Luis est particulièrement marqué par la figure du vieux prêtre joué par l'inénarrable Peter O'toole qui m'est sympathique: surtout pour le fait qu'il soit Irlandais (né dans le Connemara, Gaeltacht Power!)...
Tout au long du film nous assistons aux fruits que porte cette conversion et la Foi reçue dans la jeunesse par la rencontre avec un prêtre vénérable comme nous en connaissons tous.
Gorostieta, lui, est une sorte d'agnostique invétéré... toutefois la lutte le fait se rapprocher de la Foi et la rencontre avec José Luis, au milieu du film (en fait à quelque minutes du milieux parfait du film, si c'est pas volontaire appelez moi Jambon.) va lui faire engager un chemin de conversion. C'est au contact d'un jeune prêtre que Gorostieta va finalement achever sa démarche par une solide confession des familles.
Oh! Whait...
A-B... B-A.
Oh non, nous voila pris dans un Chiasme! ^^
On aurait tort de penser que le scénario n'a pas été bien réfléchi, ou en tout cas sa forme narrative. Si une certaine liberté est prise dans la description des événements et dans la chronologie, c'est aussi parce que l'impératif du réalisateur est de montrer quelque chose de l'histoire qui il choisit de raconter... Là c'est la conversion et la structure en forme de chiasme permet de montrer que les chemins pour arriver au Christ sont assez nombreux. La structure est intéressante et bien mis au service de l'histoire.
Selon moi, loin d'être un film au contenu pauvre, Cristeros se place dans le classement de tête de ce que les films 'cathos' ont pu voir depuis des années, tant par la qualité de ses acteurs, que par la qualité des images ainsi que par une structure narrative que je trouve pertinente et intelligente.
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